
Pour vraiment découvrir l’Art déco de Casablanca, il faut apprendre à lire les façades au-delà des bâtiments les plus célèbres, en déchiffrant les détails qui racontent l’effervescence sociale et technique des années 30.
- Les styles Art déco et Néo-mauresque ne s’opposent pas, ils dialoguent ; savoir les différencier est la clé pour comprendre le paysage urbain de l’époque.
- L’architecture n’était pas qu’une question d’esthétique, mais un symbole de statut social et d’innovation, comme en témoignent les intérieurs des cinémas et la vie cosmopolite des habitants.
Recommandation : Utilisez cet itinéraire non pas comme une simple liste, mais comme une grille de lecture pour observer les détails, les symétries et les histoires humaines cachées derrière chaque balcon et chaque porte.
Quand on pense à l’architecture de Casablanca, l’image de la majestueuse Mosquée Hassan II vient immédiatement à l’esprit. Pourtant, une autre richesse, plus discrète mais tout aussi fascinante, se cache à ciel ouvert au cœur de la ville : son patrimoine Art déco. Beaucoup de guides se contentent de lister les mêmes monuments emblématiques, créant un parcours prévisible. En tant qu’architecte passionné par ce legs urbain, je vous propose une approche différente. Oubliez la simple visite touristique ; je vous invite à une véritable lecture urbaine, à déchiffrer la grammaire architecturale d’une époque révolue mais dont les traces vibrent encore sur le boulevard Mohammed V.
L’erreur commune est de voir ce boulevard comme une simple artère bruyante. Or, il s’agit d’un véritable musée à ciel ouvert, un palimpseste où le style haussmannien finissant dialogue avec l’audace de l’Art déco et les réinterprétations du style Néo-mauresque. Mais si la véritable clé n’était pas de regarder les bâtiments, mais de savoir *comment* les regarder ? Si la clé était de déceler les micro-histoires des familles cosmopolites qui y vivaient, de comprendre les défis techniques des toits ouvrants des cinémas d’antan et de saisir l’urgence de préserver ces joyaux fragiles ?
Cet article n’est pas une simple liste. C’est un décodeur. Nous allons d’abord apprendre à différencier les styles en un clin d’œil, puis nous pousserons les portes (parfois closes) de lieux mythiques, avant de plonger dans la vie sociale des années 30. Nous aborderons ensuite la question cruciale de leur préservation, pour enfin replacer ce patrimoine unique dans son contexte nord-africain et vous donner un plan de visite concret. Préparez-vous à changer votre regard sur Casablanca.
Pour vous guider dans cette exploration unique, cet article est structuré comme une promenade architecturale. Chaque section vous dévoilera une nouvelle facette du patrimoine casablancais, vous donnant les clés pour apprécier la ville blanche comme jamais auparavant.
Sommaire : Les secrets architecturaux du boulevard Mohammed V à Casablanca
- Ferronneries et balcons : comment différencier l’Art déco du Néo-mauresque en un coup d’œil ?
- Le Rialto et le Lynx : peut-on encore visiter les intérieurs de ces cinémas mythiques ?
- Le trafic de Casablanca : comment trouver des angles de vue dégagés en pleine heure de pointe ?
- Qui habitait ces immeubles dans les années 30 : immersion dans la vie cosmopolite de l’époque
- Démolition ou rénovation : quel est le statut de protection actuel de ces bâtiments fragiles ?
- L’héritage haussmannien en Afrique du Nord : où voir les façades coloniales les mieux préservées ?
- Toit ouvrant et laser : comment fonctionnent les technologies modernes intégrées au bâtiment ?
- Week-end au Maghreb : comment organiser un city break de 3 jours hors des sentiers battus ?
Ferronneries et balcons : comment différencier l’Art déco du Néo-mauresque en un coup d’œil ?
Avant de partir à la chasse aux trésors, il est essentiel de maîtriser la grammaire de base. À Casablanca, deux styles majeurs de l’entre-deux-guerres cohabitent et se répondent : l’Art déco et le Néo-mauresque. Loin d’être opposés, ils sont les deux facettes de la modernité de l’époque. L’Art déco, c’est l’expression de l’ère industrielle : la géométrie pure, les lignes droites, la symétrie et les motifs inspirés de la vitesse comme le « soleil levant ». Il célèbre le fer forgé produit en série, le béton armé qui permet les bow-windows, ces avancées vitrées, et les larges fenêtres rectangulaires. C’est un style qui regarde vers l’avenir, vers New York et Paris.
Le Néo-mauresque, quant à lui, est une réinterprétation romantique et modernisée de l’artisanat marocain traditionnel. Il utilise les arabesques, les motifs floraux, les entrelacs complexes. Vous le reconnaîtrez à ses matériaux nobles comme le bois de cèdre sculpté, ses zelliges colorés, ses tuiles vernissées vertes et ses ouvertures en forme d’arcs en fer à cheval ou polylobés. C’est un style qui puise dans l’histoire pour créer une modernité locale. Le tableau suivant synthétise ces différences fondamentales pour vous aider à les identifier instantanément.
Ce guide visuel vous permettra de ne plus jamais confondre les deux styles. Notez comment certains architectes, comme Marius Boyer, jouaient avec les deux codes.
| Critère | Art Déco | Néo-mauresque |
|---|---|---|
| Forme des motifs | Géométrie pure, lignes droites, symétrie, motifs ‘soleil levant’ | Arabesques, motifs floraux, entrelacs |
| Matériaux | Fer forgé industriel, béton, verre | Bois de cèdre sculpté, zelliges, tuiles vernissées |
| Forme des ouvertures | Fenêtres rectangulaires, pans coupés | Arcs en fer à cheval, arcs polylobés |
| Symbolique | Modernité, vitesse, ère industrielle | Réinterprétation romantique de l’artisanat marocain |
Votre plan d’action : Repérer l’Art déco comme un pro
- Points de contact : Levez les yeux ! Concentrez-vous sur les balcons, les grilles de porte, le sommet des immeubles et les encadrements de fenêtres.
- Collecte des motifs : Cherchez les formes géométriques répétitives : cercles, triangles, lignes brisées, et le fameux motif du « soleil levant ».
- Analyse de la structure : Repérez la symétrie parfaite de la façade, les lignes verticales fortes qui étirent le bâtiment vers le ciel.
- Matériaux et textures : Identifiez l’usage du béton pour créer des formes courbes (bow-windows) et du fer forgé pour les motifs décoratifs.
- Plan d’intégration : Prenez en photo un détail Art déco et un détail Néo-mauresque sur le même boulevard pour comparer et mémoriser leurs différences.
Le Rialto et le Lynx : peut-on encore visiter les intérieurs de ces cinémas mythiques ?
Les cinémas de Casablanca ne sont pas de simples salles de projection ; ce sont des temples de l’Art déco. Parmi eux, le Rialto et le Lynx sont des joyaux qui témoignent de l’importance du 7ème art dans la vie sociale des années 30. La bonne nouvelle, c’est que le Cinéma Rialto, inauguré en 1929, est toujours en activité ! Sa façade est un classique, mais c’est son intérieur qui coupe le souffle. Entrer au Rialto, c’est remonter le temps. Il accueille régulièrement des projections et des événements culturels, ce qui offre une occasion unique de s’immerger dans son décor d’origine. Acheter un billet pour une séance est le moyen le plus simple de l’admirer de l’intérieur.
Pour le Cinéma Lynx, la situation est plus complexe. Souvent fermé au public, son accès est plus difficile. Cependant, tout n’est pas perdu pour l’architecte amateur. Une astuce consiste à observer son hall majestueux à travers les grandes portes vitrées depuis la rue. Vous pourrez y apercevoir des détails Art déco remarquables, comme les luminaires et les rampes d’escalier. Pour des visites plus exclusives, la clé se nomme Casamémoire. Cette association œuvre pour la sauvegarde du patrimoine et organise des événements exceptionnels.

Comme le montre cette vue de l’intérieur du Rialto, l’architecture Art déco ne se limitait pas aux façades, mais créait une expérience immersive totale. Les balcons courbes, les motifs géométriques du plafond et le velours des sièges participaient au spectacle. Pour tenter votre chance, voici quelques pistes concrètes.
Marius Boyer, signature d’un architecte emblématique
L’Hôtel Atlas, conçu par Marius Boyer entre 1922 et 1923, illustre parfaitement sa signature stylistique : façades symétriques aux lignes verticales marquées, balcons en fer forgé aux motifs géométriques répétitifs, et utilisation caractéristique du béton armé. Boyer a également signé l’immeuble néo-mauresque du journal Maroc-Soir, montrant sa maîtrise des deux styles architecturaux dominants de l’époque casablancaise.
Le trafic de Casablanca : comment trouver des angles de vue dégagés en pleine heure de pointe ?
Photographier l’architecture sur le boulevard Mohammed V peut vite tourner au cauchemar. Le flux incessant de voitures, de taxis rouges et de passants semble conspirer pour ruiner chaque cliché. En tant qu’architecte, j’ai appris à ruser avec ce chaos urbain pour capturer l’essence des façades. L’astuce n’est pas de combattre le trafic, mais de trouver des angles et des moments de répit. La première stratégie est la verticalité. Oubliez le niveau de la rue et montez ! Les terrasses des cafés qui bordent le boulevard ou les rooftops des hôtels à proximité offrent des vues plongeantes spectaculaires, éliminant le désordre du trafic de votre cadre.
L’autre secret réside dans le timing. Il existe des « fenêtres de calme » à Casablanca. Le dimanche matin avant 8h est magique : les rues sont quasi désertes, baignées d’une lumière douce. Autre moment clé : le vendredi midi, pendant l’heure de la grande prière, où la circulation se réduit considérablement. Pour les photographes, la « golden hour », entre 6h30 et 7h30 du matin, offre non seulement des rues calmes mais aussi une lumière dorée qui sublime les détails des façades. Enfin, ne sous-estimez pas les refuges au sol : les larges porches et les passages couverts des immeubles sont d’excellents points de recul pour s’abriter et composer sa photo en toute sécurité.
L’engouement pour ce patrimoine est réel, comme le prouve le succès des initiatives locales. Par exemple, les Nocturnes du Patrimoine organisées par Casamémoire ont attiré 4 000 participants en 2 jours, démontrant une soif du public pour la redécouverte de ces lieux. C’est la preuve que même les Casablancais cherchent à s’approprier leur ville sous un autre angle.
Qui habitait ces immeubles dans les années 30 : immersion dans la vie cosmopolite de l’époque
Un bâtiment n’est pas qu’une structure de béton et de fer ; c’est un réceptacle d’histoires humaines. S’arrêter devant ces immeubles Art déco, c’est s’interroger sur la vie qui bouillonnait à l’intérieur durant les Années Folles. Casablanca était alors un port international, une terre de promesses attirant des entrepreneurs, des fonctionnaires et des artistes de toute l’Europe et du Maroc. Ces immeubles étaient le théâtre d’une société cosmopolite et dynamique, où les communautés cohabitaient de manière unique. L’architecture elle-même raconte cette histoire sociale.
L’historien de l’architecture Jean-Louis Cohen a magnifiquement documenté cette réalité. Il souligne que la verticalité des nouveaux immeubles construits par la bourgeoisie juive émancipée était bien plus qu’un choix esthétique. C’était un symbole puissant, une « revanche sur le statut de dhimma », marquant leur pleine intégration dans la modernité urbaine et économique de la ville. Leurs appartements, souvent les plus hauts et les plus modernes, dominaient la ville, une métaphore de leur nouvelle position sociale. Cette mixité se retrouvait à chaque étage, comme le rapporte Cohen dans son étude sur le patrimoine urbain :
Au 3ème étage de l’immeuble Levy-Bendayon vivait en 1934 un médecin français, un avocat juif et un riche négociant espagnol.
– Jean-Louis Cohen, Architecture of Casablanca – étude sur le patrimoine urbain
Cette simple phrase est une micro-histoire qui résume l’esprit de Casablanca à cette époque : un carrefour culturel et social. L’immeuble n’est plus une simple façade, mais un lieu de vie où se croisent des destins venus d’horizons différents, tous participant à l’effervescence de la métropole. Chaque balcon, chaque fenêtre que vous contemplez a été le témoin de ces vies entremêlées.
L’immeuble Levy-Bendayon, symbole du cosmopolitisme casablancais
Conçu par Marius Boyer, cet immeuble illustre parfaitement le dynamisme de la bourgeoisie juive émancipée qui construisait les plus hauts bâtiments de Casablanca dans l’entre-deux-guerres. Selon Jean-Louis Cohen, cette verticalité architecturale représentait une revanche sur le statut de dhimma, symbolisant la nouvelle condition d’une bourgeoisie pleinement intégrée dans la modernité urbaine.
Démolition ou rénovation : quel est le statut de protection actuel de ces bâtiments fragiles ?
Le patrimoine Art déco de Casablanca est un trésor, mais un trésor fragile. Pendant des décennies, nombre de ces bâtiments ont souffert de négligence, menacés par la spéculation immobilière et les démolitions. Se promener sur le boulevard Mohammed V, c’est aussi constater les « dents creuses », ces parcelles vides là où se dressaient autrefois des chefs-d’œuvre. Cependant, une prise de conscience salutaire a émergé ces dernières années, portée par des associations comme Casamémoire et par les pouvoirs publics. La question n’est plus « faut-il préserver ? », mais « comment préserver efficacement ? ».
Une étape cruciale a été l’inscription de nombreux édifices sur la liste des monuments historiques. Ce statut offre une protection juridique contre la démolition et encadre strictement les travaux de rénovation. Les chiffres sont encourageants : selon le ministère marocain de la Culture, 483 bâtiments sont déjà inscrits et une centaine d’autres devraient bientôt les rejoindre. Cette protection est la première pierre d’un vaste chantier de réhabilitation. Elle garantit que les interventions futures respecteront l’intégrité architecturale des façades et des structures d’origine.
L’exemple le plus emblématique de ce renouveau est sans doute celui de l’Hôtel Lincoln. Laissé à l’abandon pendant des décennies, ce squelette fantomatique face au marché central est longtemps resté le symbole du patrimoine en péril. Aujourd’hui, sa reconstruction est en cours. Ce projet colossal montre que la rénovation est non seulement possible, mais peut aussi être un moteur de développement économique et touristique.

L’Hôtel Lincoln : exemple de rénovation réussie
Abandonné pendant des décennies, l’Hôtel Lincoln (1917) illustre le renouveau possible du patrimoine Art Déco. Des investisseurs privés ont lancé sa reconstruction avec remise à jour de la façade originale conçue par Hubert Bride, démontrant que la préservation peut être économiquement viable. Le projet prévoit sa réouverture en tant qu’hôtel de luxe, préservant ainsi son usage historique.
L’héritage haussmannien en Afrique du Nord : où voir les façades coloniales les mieux préservées ?
Pour pleinement apprécier l’audace de l’Art déco casablancais, il faut le replacer dans son contexte historique plus large : celui de l’urbanisme colonial en Afrique du Nord. Avant que Casablanca ne devienne ce laboratoire de la modernité, d’autres villes comme Alger avaient été façonnées selon un modèle bien différent : le style haussmannien. Cet héritage, directement importé du Paris de Napoléon III, se caractérise par sa sobriété, son uniformité et son ordre rigoureux. Les larges boulevards rectilignes, les immeubles en pierre de taille à hauteur réglementée et les balcons filants qui unifient les façades en sont les marques de fabrique. Le Boulevard de la République à Alger en est l’exemple le plus saisissant.
L’Art déco de Casablanca marque une rupture radicale avec ce modèle. Il abandonne la pierre de taille pour le béton armé, un matériau souple qui autorise toutes les audaces : courbes, bow-windows, décrochements. Il troque l’uniformité haussmannienne pour une géométrie décorative exubérante et une affirmation de l’individualité de chaque bâtiment. Comme le souligne l’UNESCO, ce tournant a été fondamental.
Comme le note l’UNESCO dans son dossier de candidature de la ville au patrimoine mondial, Casablanca a été un terrain d’expérimentation unique.
Casablanca a permis la promotion de nouvelles réflexions architecturales et la diffusion d’une nouvelle science, propre à l’Europe : l’urbanisme.
– UNESCO, Dossier de candidature au patrimoine mondial
| Caractéristique | Haussmannien (Alger) | Art Déco (Casablanca) |
|---|---|---|
| Période dominante | 1850-1900 | 1920-1950 |
| Matériaux | Pierre de taille | Béton armé, verre, acier |
| Style des façades | Sobriété, balcons filants uniformes | Géométrie audacieuse, motifs décoratifs |
| Inspiration urbaine | Paris de Napoléon III | Modernisme américain et européen |
| Exemples emblématiques | Boulevard de la République (Alger) | Boulevard Mohammed V (Casablanca) |
Toit ouvrant et laser : comment fonctionnent les technologies modernes intégrées au bâtiment ?
L’architecture Art déco n’était pas qu’une révolution stylistique, c’était aussi une vitrine d’ingénierie. Derrière les motifs géométriques se cachaient des prouesses techniques novatrices pour l’époque. Ces innovations, souvent invisibles aujourd’hui, sont une part essentielle du génie de ces bâtiments. Le défi actuel consiste à intégrer les technologies du XXIe siècle (fibre optique, climatisation, sécurité incendie) dans ces structures historiques sans les dénaturer, un véritable casse-tête pour les architectes du patrimoine.
L’exemple le plus fascinant de cette ingénierie d’époque est sans doute le toit ouvrant du Cinéma Rialto. Imaginez : dans les années 30, lors des chaudes soirées d’été, la toiture de la salle s’ouvrait pour offrir aux spectateurs une séance sous les étoiles. Ce mécanisme, probablement basé sur un système de rails et de contrepoids, était d’une modernité absolue. Il témoigne de la volonté des architectes de l’époque d’allier confort, spectacle et innovation technique. C’est ce genre de détail qui transforme un simple bâtiment en chef-d’œuvre.
Aujourd’hui, la technologie continue de jouer un rôle, mais dans le sens de la préservation. La rénovation des bâtiments classés impose de dissimuler les nouveaux équipements. Par exemple, on fait passer la fibre optique dans les gaines techniques existantes pour éviter de percer les murs, on installe la climatisation dans les anciens conduits de ventilation, et on utilise le mapping vidéo pour projeter des spectacles lumineux sur les façades sans jamais les toucher. Cette approche permet de faire entrer ces bâtiments dans le futur tout en respectant leur passé.
Le système de toit ouvrant du Cinéma Rialto
Le Cinéma Rialto, construit en 1929 par Pierre Jabin, disposait d’un système de toit ouvrant révolutionnaire pour l’époque. Ce mécanisme, probablement basé sur des rails et contrepoids, permettait d’ouvrir la toiture les soirs d’été pour des projections sous les étoiles. Cette prouesse d’ingénierie des années 30 témoigne de l’innovation technique intégrée dès l’origine dans l’architecture Art Déco casablancaise.
À retenir
- L’Art déco casablancais est plus qu’un style, c’est le reflet d’une époque cosmopolite, innovante et socialement dynamique.
- Apprendre à différencier l’Art déco du Néo-mauresque est la clé pour lire et comprendre le paysage urbain du centre-ville.
- La préservation de ce patrimoine fragile est un enjeu majeur, soutenu par des classements officiels et des projets de rénovation ambitieux comme celui de l’Hôtel Lincoln.
Week-end au Maghreb : comment organiser un city break de 3 jours hors des sentiers battus ?
Maintenant que vous avez les clés de lecture, il est temps de passer à la pratique. Un week-end de 3 jours est idéal pour une immersion dans les différentes strates architecturales de Casablanca, bien au-delà du seul Art déco. L’objectif est de varier les plaisirs et les époques pour saisir toute la complexité de la ville. D’ailleurs, avec plus de 4 000 bâtiments Art Déco répertoriés, Casablanca possède l’une des plus grandes concentrations au monde, de quoi nourrir votre curiosité pour bien plus qu’un week-end ! Voici une suggestion d’itinéraire qui équilibre découvertes et détente.
Le Jour 1 sera consacré au cœur de notre sujet : le centre-ville. Démarrez votre circuit sur le boulevard Mohammed V, en appliquant votre nouvelle expertise pour repérer les détails Art déco. Poursuivez vers la place Mohammed V, avec ses édifices administratifs Néo-mauresques monumentaux. Un déjeuner au Marché Central vous plongera dans l’ambiance locale avant une potentielle visite au cinéma Rialto. Pour le Jour 2, changez radicalement de décor en explorant le quartier des Habous. C’est une « nouvelle médina » construite dans les années 20, un exemple fascinant d’urbanisme néo-traditionnel. Ne manquez pas la Mahkama du Pacha, un chef-d’œuvre d’artisanat. L’après-midi, un contraste saisissant vous attend avec l’ancienne Médina, plus authentique et labyrinthique. Enfin, le Jour 3 vous mènera vers la côte. Le quartier d’Anfa abrite de superbes villas modernistes, témoins d’un autre courant architectural. Après un passage par l’étonnante ancienne cathédrale du Sacré-Cœur, terminez votre séjour en vous relaxant sur la corniche ou à la plage d’Aïn Diab.

Cet itinéraire vous permettra de construire une vision complète de la richesse architecturale de la ville, du formel au vernaculaire, de l’historique au moderne. Un dernier conseil pratique pour les déplacements : privilégiez les petits taxis rouges pour les trajets en ville, et n’hésitez pas à utiliser des applications comme Careem ou InDriver pour plus de facilité.
Maintenant que vous possédez les outils pour lire la ville, l’étape suivante est de transformer votre regard en une véritable expérience. Chaque façade est une page d’histoire qui n’attend que d’être lue.