
Visiter Al Quaraouiyine à Fès transcende la simple découverte d’un monument historique. C’est une immersion dans un héritage intellectuel et spirituel vivant, fondé en 859. Loin d’être une simple attraction, ce complexe universitaire et religieux impose ses propres rythmes et règles. Comprendre la logique derrière l’accès restreint pour les non-musulmans, le rôle du waqf dans sa fondation ou la signification de ses « imperfections » architecturales est la clé pour véritablement saisir l’âme de la plus ancienne université du monde encore en activité.
Pénétrer dans la médina de Fès, c’est s’immerger dans un labyrinthe où le temps semble s’être suspendu. Au détour d’une ruelle animée, une porte monumentale mais discrète se dessine : l’une des nombreuses entrées de la mosquée et université Al Quaraouiyine. Pour le voyageur non averti, le lieu peut sembler frustrant. On répète à l’envi qu’il s’agit de la plus ancienne université du monde, fondée par une femme, Fatima al-Fihriya, et que son accès est réservé aux fidèles musulmans. Ces faits, bien que exacts, ne sont que la surface d’une réalité bien plus profonde.
Le voyageur curieux, l’esprit en quête de sens, se heurte souvent à ces portes closes sans comprendre la logique qui les régit. Il repart avec l’image d’un trésor inaccessible. Mais si la véritable clé n’était pas de « visiter » au sens touristique du terme, mais de « décoder » ? Si chaque restriction, chaque détail architectural, chaque son qui émane du complexe était en réalité une invitation à une compréhension plus fine ? Cet article se propose d’adopter la posture du chercheur pour dépasser les platitudes. Nous n’allons pas seulement voir ce qu’il y a à voir, mais comprendre pourquoi et comment cet héritage vivant continue de rayonner depuis plus d’un millénaire.
Pour ce faire, nous explorerons les espaces réellement accessibles aux non-musulmans, nous reviendrons sur l’acte fondateur extraordinaire de Fatima al-Fihriya et le mécanisme qui l’a rendu possible. Nous observerons comment le savoir se transmet encore aujourd’hui dans ses murs, nous lèverons le voile sur ses trésors manuscrits, et nous apprendrons à lire son architecture comme un texte sacré. Ce guide est une invitation à transformer une potentielle frustration en une fascinante enquête intellectuelle et spirituelle.
Sommaire : Comprendre l’héritage vivant d’Al Quaraouiyine à Fès
- Non-musulmans : quels espaces précis de la bibliothèque pouvez-vous réellement voir ?
- Fatima al-Fihriya : comment une femme a-t-elle fondé ce complexe universitaire au 9ème siècle ?
- Les cercles d’étude aujourd’hui : comment les étudiants apprennent-ils encore par cœur dans la cour ?
- Corans anciens et traités de médecine : comment obtenir une autorisation de recherche ?
- À quelle heure l’appel à la prière vide-t-il les alentours pour une visite paisible de l’extérieur ?
- Visite de la Mosquée Hassan II : quels sont les horaires et tenues exigés pour les non-musulmans ?
- Zellige et stuc : pourquoi la symétrie imparfaite est-elle volontaire dans l’art islamique ?
- Où photographier les plus beaux exemples d’architecture arabo-andalouse au Maroc et en Espagne ?
Non-musulmans : quels espaces précis de la bibliothèque pouvez-vous réellement voir ?
La première question que se pose le visiteur non-musulman est simple : que puis-je voir ? La réponse est plus nuancée qu’un simple « oui » ou « non ». Al Quaraouiyine est avant tout un lieu de culte et d’étude en activité, et non un musée. Cette fonction prime sur l’attrait touristique, dictant une logique spirituelle d’accès. L’interdiction d’entrer dans la salle de prière pour les non-fidèles est une règle commune à la plupart des mosquées en activité au Maroc, à quelques exceptions près. Cependant, loin de n’être qu’une porte close, le complexe offre plusieurs points de vue qui permettent d’en saisir la grandeur et l’atmosphère.
La méthode la plus simple consiste à se poster devant l’une des portes principales, notamment celles sur Chemmaine et Derb Boutouil, qui sont souvent laissées ouvertes. De là, on peut apercevoir la magnifique cour intérieure (le sahn) avec son sol en carrelage bleu et blanc, sa fontaine d’ablutions en marbre et ses pavillons qui rappellent la Cour des Lions de l’Alhambra. C’est déjà une vision saisissante de l’harmonie architecturale du lieu. L’entrée de la bibliothèque, récemment restaurée, se situe sur le côté sud du complexe, sur la Place Seffarine. Si l’accès aux salles de lecture est réglementé, il est parfois possible d’en apercevoir le seuil et de ressentir l’aura studieuse qui s’en dégage. La bibliothèque renferme aujourd’hui plus de 24 000 ouvrages et 4 000 manuscrits anciens, un trésor intellectuel immense.
Pour une vue d’ensemble, la meilleure stratégie est de prendre de la hauteur. Plusieurs terrasses de restaurants et de riads de la médina offrent des vues plongeantes spectaculaires sur les toits de tuiles vertes d’Al Quaraouiyine, qui ressemblent aux soufflets d’un accordéon, et sur son minaret sobre, le plus ancien de Fès. Cette perspective permet de mesurer l’immensité du complexe, qui s’intègre organiquement dans le tissu urbain.
Votre plan d’action pour une observation respectueuse
- Points de contact visuels : Postez-vous devant les portes principales sur Chemmaine et Derb Boutouil pour observer la cour intérieure et son animation.
- Collecte des perspectives : Montez sur une terrasse de café ou de restaurant avoisinant (près de la Place Seffarine) pour une vue panoramique des toits et du minaret.
- Analyse de l’accès : Repérez l’entrée de la bibliothèque sur la Place Seffarine ; même si l’accès est fermé, son architecture extérieure est révélatrice.
- Mémorabilité du moment : Choisissez un moment de la journée où la lumière est rasante (matin ou fin d’après-midi) pour mieux apprécier les textures et les détails architecturaux depuis l’extérieur.
- Plan d’accès approfondi : Si vous êtes chercheur ou universitaire, contactez des agences spécialisées comme Plan-it Morocco qui peuvent, dans de rares cas, organiser une visite avec une autorisation spéciale.
Fatima al-Fihriya : comment une femme a-t-elle fondé ce complexe universitaire au 9ème siècle ?
L’histoire d’Al Quaraouiyine est indissociable de celle de sa fondatrice, Fatima al-Fihriya. En 859, cette femme pieuse et visionnaire, issue d’une riche famille de marchands ayant immigré de Kairouan (dans l’actuelle Tunisie), décida de consacrer son héritage à la construction d’une mosquée pour sa communauté grandissante à Fès. En tant qu’historien, il est essentiel de dépasser l’aspect anecdotique de cet acte pour en comprendre le mécanisme socio-économique et spirituel : le waqf.
Le waqf est une institution fondamentale du droit islamique. Il s’agit d’une donation à caractère perpétuel, faite par un particulier à une œuvre d’utilité publique, pieuse ou charitable. Les biens ainsi donnés deviennent inaliénables. Fatima al-Fihriya a utilisé ce puissant outil juridique pour garantir la pérennité de son projet. Elle n’a pas simplement « payé » pour une mosquée ; elle a créé une institution-waqf autonome, capable de subvenir à ses besoins et de se développer à travers les siècles. C’est ce coup de génie institutionnel, autant que sa piété, qui a permis à Al Quaraouiyine de devenir ce qu’elle est.

Les archives historiques de Fès confirment cette intention profonde. Comme le rapportent les chroniqueurs, Fatima s’était engagée à utiliser toute sa fortune pour un lieu qui servirait de référence en matière de culte et de savoir. Elle a supervisé elle-même la construction, jeûnant tout au long des travaux. Son ambition n’était pas seulement de construire un lieu de prière, mais un pôle de savoir. Cette vision est explicitée dans une chronique citée par Fez-guide :
Fatima vowed to spend her entire inheritance on the construction of a mosque suitable for her community.
– Archives de l’université Al Quaraouiyine, Historical records from Fez-guide
L’acte de Fatima al-Fihriya n’est donc pas seulement un geste de générosité. C’est un acte de foi, une prouesse juridique et un investissement stratégique dans le capital intellectuel de sa cité. Il démontre comment, au 9ème siècle, une femme a pu, grâce aux outils du droit islamique, laisser une empreinte indélébile sur l’histoire mondiale de l’éducation.
Les cercles d’étude aujourd’hui : comment les étudiants apprennent-ils encore par cœur dans la cour ?
La vision de Fatima al-Fihriya d’un pôle de savoir est toujours bien vivante. Si Al Quaraouiyine est une université d’État depuis 1963, affiliée au système éducatif marocain moderne, elle a su préserver en son sein des méthodes de transmission du savoir qui remontent à ses origines. En se postant aux portes de la cour, il n’est pas rare d’apercevoir une scène qui semble tout droit sortie d’un manuscrit médiéval : un cercle d’étude, ou halqa.
Le système de la halqa (qui signifie « cercle » en arabe) est la forme la plus traditionnelle de l’enseignement islamique. Les étudiants s’assoient en cercle, ou en demi-cercle, sur le sol autour de leur professeur (le cheikh). Cette disposition n’est pas anodine : elle est non-hiérarchique, favorise l’échange direct et place l’enseignant au cœur de sa communauté d’apprenants. L’enseignement se concentre principalement sur les sciences islamiques classiques, la langue arabe, la jurisprudence (fiqh) et la théologie, attirant des étudiants du Maroc et du monde entier.
Dans ces cercles, l’apprentissage par cœur occupe une place centrale, non pas comme une fin en soi, mais comme une première étape fondamentale. Mémoriser le Coran et les textes classiques est considéré comme un moyen d’intégrer pleinement le savoir, de le faire sien avant de pouvoir l’analyser, le commenter et le débattre. La récitation, la répétition et l’écoute attentive sont les piliers de cette pédagogie qui a formé des générations de savants. L’immense salle de prière, qui selon les estimations peut accueillir jusqu’à 22 700 fidèles, a vu se tenir d’innombrables halqas au fil des siècles, devenant le cœur battant de la vie intellectuelle de la cité. Observer ces cercles, même de loin, c’est assister à la perpétuation d’un héritage intellectuel millénaire.
Corans anciens et traités de médecine : comment obtenir une autorisation de recherche ?
La bibliothèque d’Al Quaraouiyine n’est pas seulement l’une des plus anciennes du monde ; elle est le conservatoire de trésors intellectuels qui témoignent de l’âge d’or de la civilisation islamique. Pour le chercheur, connaître l’existence de ces collections est aussi fascinant que frustrant, car leur accès est, à juste titre, extrêmement protégé. La fragilité des manuscrits et leur valeur inestimable imposent des conditions de conservation et de consultation drastiques.
Parmi les joyaux de la collection, on trouve des pièces d’une valeur historique et artistique exceptionnelle. La plus célèbre est sans doute un exemplaire unique du Coran du 9ème siècle écrit sur peau de chameau, attribué à l’époque de la fondation. Les manuscrits couvrent un large éventail de disciplines : théologie, droit, astronomie, médecine, et même des traités de musique. Ces textes révèlent la nature encyclopédique du savoir qui était enseigné et développé à Al Quaraouiyine, bien au-delà des seules sciences religieuses.

L’un des exemples les plus significatifs de l’importance de cette collection est la présence d’un manuscrit autographe du célèbre historien et sociologue du 14ème siècle, Ibn Khaldoun.
Le Kitab al-Ibar d’Ibn Khaldoun : un trésor de l’UNESCO
Lors de son séjour à Fès, le grand penseur Ibn Khaldoun a offert à l’université Al Quaraouiyine une copie de son œuvre maîtresse, le Kitab al-Ibar (Le Livre des Exemples). Cet exemplaire, qui contient sa fameuse Muqaddima (Introduction à l’histoire universelle), est l’un des plus précieux au monde. En reconnaissance de son importance capitale pour l’histoire de la pensée humaine, ce traité a été inscrit en 2015 sur le registre « Mémoire du Monde » de l’UNESCO, confirmant le statut de la bibliothèque comme un dépositaire du patrimoine de l’humanité.
Alors, comment un chercheur peut-il espérer consulter ces merveilles ? Le processus est complexe et réservé aux universitaires avec un projet de recherche clairement défini et des lettres de recommandation solides. La demande doit être adressée à la direction de la bibliothèque et au Ministère des Habous et des Affaires Islamiques. L’obtention d’une autorisation est rare et nécessite de prouver la pertinence et le sérieux de la recherche. Pour la plupart, ces trésors resteront visibles uniquement à travers les fac-similés et les publications scientifiques, nous rappelant que leur préservation pour les générations futures est la priorité absolue.
À quelle heure l’appel à la prière vide-t-il les alentours pour une visite paisible de l’extérieur ?
Pour ressentir l’âme d’Al Quaraouiyine, il faut synchroniser sa visite avec le rythme spirituel de la médina, ponctué par les cinq appels à la prière quotidiens (adhan). Loin d’être une contrainte, l’appel à la prière offre une opportunité unique d’observer le complexe et ses environs sous un jour différent. Historiquement, Al Quaraouiyine a joué un rôle central dans la synchronisation de la vie religieuse de Fès.
At this time it became a tradition that other mosques of Fes would make the call to prayer only after they heard al-Qarawiyyin.
– Archives historiques, Fez-guide historical documentation
Cette tradition souligne le statut de la mosquée-université comme le cœur spirituel de la ville. Les moments qui précèdent et qui suivent l’appel à la prière transforment radicalement l’atmosphère autour du complexe. Juste avant l’appel, les ruelles se remplissent d’un flux constant de fidèles convergeant vers les différentes portes. C’est un moment d’effervescence et d’anticipation. Pendant la prière elle-même, un calme relatif s’installe dans les souks environnants.
Pour une visite extérieure paisible et des opportunités photographiques uniques, les meilleurs moments sont ceux qui suivent immédiatement la fin des prières. Voici quelques stratégies à adopter :
- Après Dhuhr (midi) et Asr (après-midi) : Ce sont les moments idéaux. Une fois la prière terminée, les fidèles se dispersent, laissant les abords de la mosquée particulièrement calmes pour une quinzaine de minutes. C’est l’occasion de s’approcher des portes en toute quiétude.
- Tôt le matin : Avant la première prière de l’aube (Fajr) ou juste après, les ruelles sont presque désertes. La lumière matinale est parfaite pour photographier l’architecture extérieure sans la foule.
- Pendant l’appel à la prière : Au lieu de visiter, installez-vous sur la terrasse d’un café voisin. Observer le flot des fidèles et entendre l’appel à la prière résonner est une expérience immersive en soi.
Explorer les entrées moins fréquentées, autres que la porte principale faisant face à la Medersa Attarine, peut aussi révéler des détails architecturaux et des scènes de vie plus intimes. En adaptant votre rythme à celui de la prière, vous ne visitez plus seulement un lieu, vous participez à son pouls.
Visite de la Mosquée Hassan II : quels sont les horaires et tenues exigés pour les non-musulmans ?
Pour mieux comprendre le caractère spécifique de l’accès à Al Quaraouiyine, il est éclairant de la comparer à l’autre icône religieuse du Maroc : la Mosquée Hassan II à Casablanca. Si les deux sont des lieux de culte majeurs, leur politique de visite pour les non-musulmans est radicalement différente et s’explique par leur histoire et leur fonction distinctes.
La Mosquée Hassan II, inaugurée en 1993, a été conçue dès le départ avec une double vocation : être un lieu de prière pour les Casablancais et un monument emblématique ouvert au monde, symbolisant la modernité et le savoir-faire artisanal marocain. Par conséquent, elle propose des visites guidées complètes à des horaires fixes en dehors des heures de prière, permettant aux visiteurs de toutes confessions de découvrir son impressionnante salle de prière, ses salles d’ablutions et son hammam. L’intention était de créer un pont culturel.
Al Quaraouiyine, en revanche, est une institution millénaire qui a grandi organiquement au cœur d’une médina dense. Sa fonction première a toujours été celle d’une mosquée de quartier et d’un centre d’étude pour la communauté. Elle n’a jamais été pensée comme un monument à visiter. Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales pour le voyageur.
| Critère | Al Quaraouiyine (Fès) | Mosquée Hassan II (Casablanca) |
|---|---|---|
| Accès non-musulmans | Limité aux portes et cours extérieures | Visites guidées complètes autorisées |
| Capacité | Environ 22 000 fidèles | 25 000 fidèles (105 000 avec esplanade) |
| Code vestimentaire | Épaules et genoux couverts (par respect) | Épaules et genoux couverts, foulard peut être fourni |
| Réservation | Non applicable | Recommandée, billets achetés sur place ou en ligne |
Cette comparaison montre que l’expérience du visiteur est le fruit d’un contexte historique et d’une intention architecturale. La frustration potentielle à Fès se transforme en appréciation lorsqu’on la replace dans le contexte d’un héritage vivant et fonctionnel, par opposition à un monument conçu pour l’émerveillement touristique à Casablanca. L’un offre un spectacle, l’autre une immersion discrète.
Zellige et stuc : pourquoi la symétrie imparfaite est-elle volontaire dans l’art islamique ?
L’architecture d’Al Quaraouiyine est un palimpseste où plusieurs dynasties ont laissé leur empreinte. Agrandie et embellie par les Almoravides au 11ème siècle, la mosquée s’est enrichie d’éléments caractéristiques de l’art arabo-andalou. On y retrouve les arcs en fer à cheval, les coupoles à mouqarnas (stalactites de stuc), la sculpture sur plâtre (stuc) et les fameux zelliges, ces mosaïques de faïence colorée formant des motifs géométriques complexes.
En observant attentivement ces motifs, que ce soit depuis les portes ou sur les murs extérieurs, le visiteur attentif remarquera un détail subtil : une symétrie volontairement imparfaite. Un carreau de couleur différente, un motif légèrement altéré, une ligne qui ne correspond pas tout à fait à son opposé. Loin d’être des erreurs d’artisans, ces « défauts » sont une expression profonde de la théologie islamique. Ils incarnent un principe fondamental : seul Dieu (Allah) est parfait. L’artisan, dans un acte d’humilité, introduit délibérément une imperfection pour ne pas rivaliser avec la perfection du Créateur. Chaque zellige, chaque panneau de stuc devient ainsi une prière silencieuse, une reconnaissance de la transcendance divine.
Comme le confirment les historiens de l’art, les influences andalouses sont omniprésentes. Le répertoire ornemental, avec ses motifs floraux, géométriques et épigraphiques, rappelle directement l’art islamique d’Espagne, notamment celui de Cordoue. Les chapiteaux en marbre sculpté et les inscriptions en calligraphie coufique témoignent de ces échanges culturels intenses entre les deux rives de la Méditerranée. Al Quaraouiyine n’est pas seulement un bâtiment marocain ; c’est un conservatoire de l’art arabo-andalou dans ce qu’il a de plus raffiné.
À retenir
- Al Quaraouiyine est un héritage vivant, pas un musée ; sa visite demande adaptation et observation plutôt qu’un accès total.
- La fondation par Fatima al-Fihriya repose sur le mécanisme du waqf, un acte juridique visionnaire assurant la pérennité de l’institution.
- L’art arabo-andalou du lieu, notamment la symétrie imparfaite, est une expression d’humilité théologique : seule la création divine est parfaite.
Où photographier les plus beaux exemples d’architecture arabo-andalouse au Maroc et en Espagne ?
Al Quaraouiyine est l’un des plus beaux exemples d’architecture arabo-andalouse, mais elle est aussi un point de départ pour une exploration plus large de ce style unique. L’influence architecturale du complexe s’est étendue bien au-delà de Fès. De manière surprenante, des éléments de sa cour, ajoutés au 17ème siècle, semblent dialoguer avec un monument andalou emblématique : l’Alhambra de Grenade. La disposition de ses deux pavillons de fontaine rappelle en effet celle de la célèbre Cour des Lions, construite près de trois siècles plus tôt, témoignant d’un vocabulaire architectural partagé et persistant.
Pour le photographe amateur d’architecture, capturer l’essence de cet art à Al Quaraouiyine demande de la patience et un bon œil. Voici quelques pistes pour documenter sa beauté depuis les espaces accessibles :
- Place Seffarine : Offre un angle unique sur les zelliges géométriques et l’entrée de la bibliothèque.
- Terrasses du quartier des tanneurs : Le point de vue idéal pour photographier le minaret se détachant sur la médina, particulièrement au lever du soleil.
- Portes en bois massif : En fin d’après-midi, la lumière rasante sublime les détails des heurtoirs anciens et des sculptures sur bois.
- Derb Boutouil : Cette ruelle étroite permet de saisir le contraste saisissant entre l’imposant minaret et l’enchevêtrement du tissu urbain.
- Fontaines murales : Soyez attentif aux nombreuses fontaines murales près des entrées secondaires, souvent ornées d’inscriptions calligraphiques et de zelliges.
Au-delà de Fès, cet itinéraire architectural se poursuit naturellement en Andalousie. La Grande Mosquée de Cordoue, avec sa forêt d’arcs en fer à cheval bicolores, et bien sûr, l’Alhambra de Grenade, avec ses cours paradisiaques et ses stucs d’une finesse inégalée, sont les héritières directes de ce même langage artistique. Visiter Al Quaraouiyine en premier lieu offre une perspective unique pour ensuite (re)découvrir ces joyaux espagnols, en comprenant les racines profondes de leur esthétique.
Photographier ces lieux, c’est donc bien plus qu’un simple acte touristique. C’est documenter un dialogue millénaire entre la foi, le savoir et l’art. C’est une manière de rendre hommage à cet héritage vivant qui continue d’inspirer. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à préparer votre propre voyage d’étude à Fès, armé de cette nouvelle grille de lecture pour décoder l’un des lieux les plus fascinants du monde islamique.